CAPITAL ET GEMEINWESEN

 

 

 

III - LES DIFFÉRENTES PÉRIODES DE LA FORME CAPITALISTE

 

 

 

«Si le travail libre et son échange contre l'argent afin de reproduire et de valoriser l'argent, afin d'être consommé par l'argent comme valeur d'usage non en vue de la jouissance, mais comme valeur d'usage pour l'argent est une présupposition du travail salarié et une des conditions historiques du capital (K. Marx définit ici d'une façon extraordinairement concise ce qu'est le procès de travail et celui de valorisation avec prédominance de ce dernier sur le premier, ce qui a été vu dans le VIème chapitre, n.d.r.), la séparation du travail libre des conditions objectives de sa réalisation - de l'outίl et du matériel de travail (la matière première) - en représente une autre. Donc, avant tout, séparation du travailleur de la terre, son laboratoire naturel, d'où dissolution aussi bien de la petite propriété foncière libre que de la propriété foncière collective basée sur la commune orientale». (Fondements, t. 1, p. 435, Grundrisse, p. 375). Ι1 s'agit donc d'examiner comment s'effectue la dissolution de ces formes de propriété οu plus exactement de ces formes d'appropriation du produit; comment les divers rapports sociaux sont détruits, ce qui permet l'apparition du capital. K. Marx a analysé cela dans un chapitre des Grundrisse: «Les formes qui précèdent la production capitaliste». Ι1 considère ces transformations dans les modes de production suivants:

 

1. Communisme primitif,

2. Les formes issues de celui-ci: antique, germanique, asiatiques [1]

3. Le féodalisme,

 4. Le capitalisme.

 

Ι1 nous faut donc voir comment le capital réalise pleinement la production du travailleur libre, et comment i1 domine celui-ci. Avant de poursuivre, il nous faut remarquer que, si dans l'analyse de la valeur apparaît en relief le phénomène de l'autonoιrίsation - une des conditions essentielles de 1a naissance du capital - ici, dans l'étude de la séparation du travailleur de sa communauté et de ses conditions de travail, prédomine le phénomène d'expropriation. Les deux vont ensuίte se fusionner, s'intégrer, devenir le moteur du capital. C'est pourquoi dans tout ce qui suit nous essaierons de mettre en évidence le mouvement d'expropriation et d'autonomisation au travers duque1 s'exprime la vie du capital, au sein duquel i1 trouve son développement ultime. Ce mouvement s'exprime d'autre part dans la contradiction fondamentale: valorisation-dévalorisation que nous avons vue se manifester dès l'origine du capital, dès ses premières manifestations, parce qu'elle est incluse en lui.

 

Dans le VIème Chapitre, Marx poursuit ce travail de pérίodisation en décrivant les deux phases du développement social du capitalisme et montre comment la contradiction indiquée plus haut se développe pour finalement masquer toutes les autres et devenir la contradiction fondamentale.

 

 

A - SOUMISSION FORMELLE DU TRAVAIL AU CAPITAL

 

 

Ι1 analyse comment le mode de production capitaliste surgit dans le vieux mode féodal; comment il est d'abord prisonnier de celui-ci, puis, comment en s'assujettissant le procès de production immédiat, i1 s'impose à son adversaire. Ce moment (passage) a été noté dans le Capital dans 1a section III (cf. L. Ι, t. 1, p. 191). «Dès qu'elle se présente non plus simplement comme unité du travail utile et du travail créateur de valeur, mais comme unité du travail utile et du travail créateur de plus-value, la production marchande devient production capitaliste».[2]

 

Mais c'est dans le VIème chapitre qu'il est défini de façon catégorique: «Le procès de travail devient le moyen du procès de valorisation du capital, du procès d'autovalorisation du capital, de la fabrication de 1a plus-value. Le procès de travail est soumis (subsumiert) au capital (il est son propre procès), et le capitaliste entre comme dirigeant en chef dans le procès, il est aussi, immédiatement, le procès d'exploitation du travail d'autrui. Voilà ce que j'appelle la soumission (subsumtion) formelle du travail au capital. C'est la forme générale de tout procès de production capitaliste, mais elle est en même temps une forme particullère à côté de la forme développée du mode de production spécifiquement capitaliste parce que la dernière implique la première, mais la première n'implique en aucun cas nécessairement la dernière.

 

Le procès de production est devenu le procès du capital lui-même. C'est un procès qui procède avec les éléments du procès de travail en lesquels l'argent du capitaliste s'est transformé; il procède sous sa direction dans le but de faire avec de l'argent davantage d'argent.» (pp. 191-92).

 

Cette soumission formelle est liée à 1a production de plus-value absolue. Au fond le capitalisme s'est simplement assujetti le travailleur et le fait travailler pour son propre compte. «Lorsque nous avons considéré, à l'origine, le passage de la valeur au capital, le procès de travail était simplement adoppar le capital... » (Fondements, t. 2, p. 210). Le capitaliste ne peut obtenir plus de valeur qu'en allongeant la journée de travail. Ι1 n'a pas encore bouleversé la base même de la société. Ι1 n'a fait que se substituer à un autre exploiteur. Domination formelle donc, avec l'élément essentiel suivant: d'entrée le capitalisme se distingue des autres modes de production en ce sens qu'il ne repose pas simplement sur une appropriation de plus-value, mais sur la création de celle-ci.

 

K. Marx montre en détail comment des changements quantitatifs dans divers secteurs de 1a vie sociale provoquent des changements qualitatifs, mais on est toujours sur la base de la production marchande.

 

 

Β - SOUMISSION RÉELLE DU TRAVAIL AU CAPITAL

 

 

1 - Caractéristiques générales

 

«La caractéristique générale de la soumission formelle y subsiste, à savoir la subordination directe du procès de travail au capital, quelle que soit la technique qui s'y exerce. Mais sur cette base νa s'éléver un mode de production capitaliste technologique et spécifique qui modifiera la nature réelle du procès de travail et ses conditions réelles. Ce n'est qu'à partir du moment où ce mode de production entre en action que se produit la soumission réelle du travail au capital.» (VIème, p. 216).

 

Cette nouvelle soumission suppose une «révolution compléte (qui se poursuit et se renouvelle constamment) dans le mode de produire, dans la productivité du travail et dans les rapports capitaliste-ouvrier». (VIème, p. 218).

 

Elle est fondée sur la production de plus-value relative et non plus absolue: «De même qu'on peut considérer la production de plus-value absolue comme expression matérielle de la soumission formelle du travail au capital, on peut de même considérer la production de plus-value relative comme expression matérielle de la soumission réelle du travail au capital».

 

«En tous cas, les deux formes de la plus-value - absolue et relative - si on les considère chacune dans leur existence séparée - la plus-value absolue précédant toujours la plus-value relative - sont deux formes séparées de la soumission du travail au capital, deux formes séparées de la production capitaliste dont la première constitue toujours le précurseur de l'autre quoique la seconde, la plus développée, puisse constituer à nouveau la base pour l'introduction de la première dans des branches de production nouvelles.» (VIème, p. 201).

 

C'est ce qui est dit, mais d'une autre façon, dans le premier livre du Capital, section V: «La production de la plus-value absolue n'affecte que la durée du travail, la production de plus-value relative transforme entièrement les procès techniques et les combinaisons sociale. Elle se développe donc avec le mode de production capitaliste proprement dit.» (t. 2, ρ. 184). Cette section vient immédiatement après celle concernant la plus-value relative. K. Marx fait une synthèse de ce qu'il a développé à propos de la plus-value dans toutes les formes sociales où elle s'est manifestée puis, comme nous l'avons déjà fait remarquer, il indique, sans les nommer les périodes de soumission formelle et réelle au capital ainsi que le passage de l'une à l'autre, Enfin, il expose: «Les variations dans le rapport de grandeur entre la plus- value et la valeur de la force dé travail ». (Ceci explique le titre de la section: Nouvelles recherches sur la plus-value, il s'agit en effet de savoir comment se présente la plus-value en domination réelle du capital sur le travail). K. Μarκ envisage trois cas. Dans l'Abaque, nous les avons ordonnés d'une façon inverse à celle dont ils sont exposés. Le 3° cas (1° de K. Marx) variation de la production en fonction de la productivité du travail, est celui qui se réalise sous la domination réelle du capital; les deus autres sont surtout "operants" en domination formelle. C'est pourquoi nous pensons que la place du VIème chapitre, s'il avait été publié incorporé au reste de l'oeuvre, eût été dans cette V° section, d'autant plus que dans cette dernière K. Marx est appelé à traiter du travail productif et improductif longuement etudié dans le VIème chapitre. Le lien entre les deux sujets est absolument logique, car, pour le capital, ce qui est intéressant, ce n'est pas n'importe quel travail, mais uniquement celui créateur de plus-value. Un autre argument en faveur de cette hypothèse est que le sujet de la section suivante est le salaire.

 

K. Marx analyse ensuite le lien entre les deux moments (étudiés, au fond, comme nous l'avons dit, dans les sections IV et V du premier livre). Ιl met en évidence la tendance immanente du capital: «Production pour 1a production - production but en soi, c'est certes déjà le cas lorsque le travail est soumis formellement au capital, sitôt qu'en général le but immédiat de la production est de produire une plus-value aussi grande et nombreuse que possible et qu'en général la valeur d'échange du produit devient le but décisif. Cependant cette tendance immanente au rapport capitaliste se réalise seulement d'une manière adéquate et devient une condition nécessaire technologique, dès que le mode de production specifίquement capitaliste s'est développé et, avec lui, la soumission réelle du travail au capital (VIème, pp. 221-22). De la découlent:

 

 

a)    Définition du capitalisme

 

 

Elle intègre les deux précédentes liées à la production et à la circulation en tant que moments particuliers du devenir capitaliste. «Cependant le caractère négatif οu contradictoire, c'est la production en opposition aux producteurs et sans soucis d'eux. Le producteur effectif en tant que moyen de production, la richesse réifiée (sachliche) en tant que but en soi. Et le développement de cette richesse réifiée en contradiction avec et aux dépens de l'individu humain.» (VIème, p. 222).

 

 

b)    Loi du capitalisme

 

«Productivité du travail = maximum de produits avec un minimum de travail... » (VIème, p. 222). «Dans ce procès, la quanti de travail nécessaire à la production d'un objet déterminé est, en effet, réduit au minimum, afin uniquement qu'un maximum de travail valorise un maximum de tels objets.» (Fondements, t. 2, ρ. 217).

 

 

c)     Domaine d'application de la loi

 

 

« L'échelle de la production n'est plus limitée par des besoins donnés, mais au contraire la masse des produits est déterminée par l'échelle de la production toujours croissante et prescrite par le mode de production lui-même.» (Ibid., ρ. 222).

 

d)    But

 

« .., que le produit particulier etc... contienne le plus possible de travail non payé, ce qui ne peut être atteint qu' avec la production pour la production. » (Ibid., ρ. 222).

 

«Cette tendance à réduire le coût de production à son minimum devient le levier le plus puissant en vue d'accroître la force productive sociale du travail.» (Le Capital, L. III, t. 8, p. 225) [3]

 

 

e) Modifications de la loi de la valeur

 

 

«Ceci se pose, d'un côté, en tant que loi dans 1a mesure où le capitaliste qui produit à une échelle plus duite incorporerait dans les produits plus que le temps socialement nécessaire. Cela pose donc une utilisation adéquate de la loi de 1a valeur qui ne se développe complètement que sur la base du mode de production capitaliste.» (VIème, pp. 222-23) K. Marx indique ici le moment où il y a encore soumission formelle. Puis le capital tend à dominer la loi de 1a valeur, à l'exploiter à son avantage: «Cela pose, d'autre part, la tendance du capitaliste individuel à abaisser la valeur individuelle de sa marchandise au-dessous de sa valeur socialement déterminée, afin de briser cette loi ou de la faire jouer à son avantage.» (Ibid., p. 23). Nous retrouvons la dévalorisation dont nous avons déjà parlé. Elle résulte ici de l'antagonisme entre capital social, capital en néral, et les capitaux particuliers. La dynamique de la valeur en procès, de la valeur se valorisant, a son aspect négatif: la dévalorisation. C'est tout le mécanisme expliqué dans le ΙΙΙ° livre de Le Capital, auquel nous avons déjà fait allusion: la transformation de la valeur en prix de production. Se trouve aussi incluse, de façon potentielle, la loi de la baisse tendancielle du taux de profit. Cependant, avant d'analyser tous ces développements, il nous faut revenir sur les caractères de la domination réelle du capital sur le travail et les conquences qu'elle implique.

 

 

2 - Le Capital fixe et domination réelle du Capital

 

 

En période de domination formelle, le procès de travail a une grande importance parallélement à celui de valorisation. Le capital domine le prolétariat et sa domination elle-même est celle du capital variable. Le capital avait inrêt à utiliser le maximum d'ouvriers pour obtenir le maximum de plus-value. D'autre part l'ancienne conception où l'homme est le but de la production n'avait pas encore été totalement supplantée par celle du capitalisme; elle colora les théories des premiers économistes du capital, tel Adam Smίth. C'est le moment où l'homme tout en n'étant plus le but de la production demeure un élément déterminant de celle-ci. C'est aussi pourquoi nous avons la période où le prolétariat est numériquement la couche la plus importante (exemple: l'Angleterre au début du siécle dernier).

 

Lorsqu'on passe en période de domination réelle, c'est le capital fixe qui devient l'élément essentiel: «Dans la production du capital fixe, le capital se pose comme fin en soi.» (Fondements, t. 2, ρ. 228). Dans le VIèmeChapitre, K. Marx écrit: «Les moyens de production n'ont plus qu'une seule fonction, aspirer 1a quantité la plus grande de travail vivant ». [4] «La faculté qu'a le travail objectivé (c'est-à-dire travail en tant que créateur de valeur) de transformer les moyens de production en moyens de commander et d'exploiter le travail vivant apparaîf inhérent aux moyens de production en soi et pour soi.» Ceci est possible par «l'application de la science, ce produit néral du développement social au procès de production imdiat.» Le capitalisme se présente comme exploitant l'ensemble des générations humaines passées et présentes et cherchant à se garantir l'exploitation des générations futures.

 

Dans les Fondements, K. Marx analyse le phénomène en détail: «L'accroissement de la force productive du travail et la négation toujours plus grande du travail nécessaire constituent, comme nous l'avons vu, la tendance nécessaire du capital. L'effectuation de cette tendance c'est la transformation du moyen de travail en machinerie. Dans celle-ci, le travail objectivé apparaîf matériellement (stofflich) en tant que force dominante en face du travail vivant et en tant qu'active subordination à elle de celui-ci, non seulement par l'appropriation du travail vivant mais au cours du procès de production réel lui-même. Dans le capital fixe qui existe en tant que machinerie, le rapport du capital en tant que valeur s'appropriant l'activité valorisante (même définition de la force de travail que celle de la Version Primitive, n.d.r.) est posé en même temps que le rapport de la valeur d'usage du capital à la valeur d'usage de la force de travail; la valeur objectivée dans la machinerie apparaît en outre comme une présupposition devant laquelle la force valorisante de la force de travail particulière disparaît en tant qu'infiniment petit (c'est la dévalorisation, n.d.r.) ». (Fondements, t. 2, ρ. 213).

 

Cette dévalorisation s'exprime dans l'aspect inessentiel que tend à prendre l'action de l'homme dans le procès de production.

 

«Dans la mesure même οù le temps de travail - la simple quanti de travail - est présupposé par le capital comme le seul élément déterminant, dans la même mesure le travail immédiat et sa quanti cessent d'être le principe déterminant de la production, de la création des valeurs d'usage... » (Fondements, t. 2, ρ. 215). De même, page 221: «Le travail n'apparaît plus tant comme partie intégrante du procès de production. L'homme se comporte bien plutôt comme un surveillant et un régulateur vis-à-vis du procès de production». Enfin, « L'ouvrier apparaît comme superflu pour autant que son action n'est pas déterminée par le besoin du capital». (p. 214) « ... il (le travail immédiat, n.d.r.) est réduit, quantitativement, à des proportions infimes, et, qualitativement à un moment, certes, indispensable, mais subalterne par rapport au travail scientifique néral et à l'application technique des sciences naturelles, par rapport à la force productive générale qui découle de l'organisation (Gliederung) sociale de l'ensemble de la production qui se présentent en tant que don naturel du travail social (encore qu'il soit un produit historique). C'est ainsi que le capital œuvre à se dissoudre lui-même, en tant que forme dominante de production ». (Ibid., p. 215).

 

La dévalorisation est donc en liaison avec la socialisation non seulement de la production, mais de l'homme lui-même: la grande industrie produit 1'οuvrier- collectif base même de l'homme social de demain. Tel est le sens des sections IV et V du Premier Livre de  Le Capital.

 

Le procès de destruction de l'être humain au travers de l'exploitation du prolétaire a son côté positif en tant que dissolution du capitalisme et, donc, point de départ du communisme. Complétons d'abord, par quelques citations extraites, des Fondements, l'analyse de l'assujettissement du travailleur au capital fixe. «L'ensemble du procès de production n'est dès lors plus subordonné à l'habilité de l'ouvrier, il est devenu une application technologique de la science». ρ. 215) «L'accumulation de 1a science, de l'habilité, des forces productives nérales du cerveau social est absorbée par le capital en opposition au travail; elle apparaît comme une propriété du capital et préciment du capital fixe dans la mesure où elle entre dans le procès de production comme moyen de production propre. » (Ibid., p. 213). La valeur d'usage du capital (travail objectivé) supplante celle du travail vivant. Cela détruit, parallèlement, la base de la production individuelle. «Dans 1'échange, immédiat, le travail immédiat particulier réalisé dans un produit particulier ou dans une partie du produit, et son caractère social commun - objectivation du travailnéral et satisfaction du besoinnéral - ne sont posés que par l'échange. C'est le contraire dans le procès de production de la grande industrie. De même que, d'un côte, l'existence de la force productive du moyen de travail développé en un procès automatique présuppose la soumission des forces naturelles a l'intellίgence sociale, elle présuppose de même, d'un autre côté, le travail dl'individu  posé comme supprimé dans son existence immédiate, c'est-à-dire le travail social. Ainsi s'effondre l'autre base de ce mode de production.» (Ibid , p. 227).

 

Après s'être assujetti toute la production, il en fait de même pour les moyens de circulation. «La production à bon marché de moyens de communication et de transport est la condition de la production basée sur le capital: celui-ci se met à les produire.» (Ibid., t. 2, p. 15). Mais fait remarquer K. Marx: «L'abandon des travaux publics par l'État et leur passage dans le domaine des travaux entrepris par le capital montre à quel point la Gemeinvesen (communauté) réelle s'est constituée dans la forme du capital.» (Ibid., t. 2, pp. 22-23).

 

Cette Gemeinvesen n'inhibe-t-elle pas le mouvement de valorisation, autrement dit le capital ne s'est-il pas créé lui même une barrière à son propre devenir de valeur se valorisant: contradiction entre socialisation de la production et privatisation de l'appropriation du sur-travail, entre le résultat de son développement et la base de celui-ci? Le capital résoud cela, à sa façon, en détruisant - comme nous l'avons déjà indiqué - ce qui a été socialisé.

 

3 - Le capital circulant et domination réelle du capital

 

 

En période de domination réelle du capital sur le travail, le capital circulant prend, lui aussi, une nouvelle fonction. «D'autre part, le maintien du travail dans une branche de production apparaît comme une propriété du capital circulant grâce au travail coexistant dans une autre.» (Ibid., pp. 215-16).

 

«Dans la petite circulation c'est-à-dire lors de l'échange A equivalenceM (v), (achat de la force de travail, n.d.r.) le capital avance à l'ouvrier le salaire que celui-ci échange contre les produits cessaires à sa consommation. L'argent qu'il obtient n'a ce pouvoir que parce que, simultanément, on travaille à côté de lui; et c'est seulement parce que le capital s'approprie son travail qu'il peut lui donner une assignation en argent sur le travail d'autrui. Cet échange de son propre travail contre celui d'autrui n'apparaît pas médiatisé et déterminé ici par la coexistence simultanée du travail des autres, mais par l'avance faite par le capital. Cela apparaît en tant que propriété de la partie du capital circulant cédée à l'ouvrier, du capital circulant en général, que l'ouvrier puisse, pendant la production, procéder à l'échange organique (Stoffwechsel) [5]nécessaire à sa consommation. Cela n'apparaît pas comme un échange organique entre les forces de travail contemporaines, mais en tant que métabolisme du capital. C'est ainsi qu'existe le capital circulant. » (Ibid., t. 2, p. 216).

 

En période de domination formelle, c'est le travail qui remplissait cette fonction. «Mais nous avons déjà vu dans la circulation et la reproduction que la marchandise ne peut être reproduite, une fois qu'elle a été convertie en argent, que parce que du travail coexistant produit et reproduit simultanément tous ses éléments.» (L. IV, t. 7, ρ. 157). K. Marx reprend ici une démonstration de Hodgskίn qui polémiquait contre D. Ricardo et voulait faire ressortir que toute la richesse produite l'était par le travail « ... ce qui sort comme produit d'une sphère de production entre dans l'autre comme moyen de production et parcourt ainsi des phases successives pour devenir finalement valeur d'usage. Ici, le travail passé apparaît constamment comme 1a condition du travail présent. » (Ibid., p. 158). Et, plus loin, «Ιl n'y a pas simplement passage par des phases différentes, il y a production parallèle de la marchandise dans toutes ses phases appartenant à des sphères spéciales de la production et constituant des branches différentes du travail. Si le même paysan cultive le lin, le file, le tisse, il y a succession de ces opérations et non plus coexistence, comme c'est le cas dans la société où le mode de production est fondé sur 1a division du travail.»

 

«Quand on considère la production de la marchandise individuelle dans une phase quelconque, le travail passé n'acquiert de signification que par le travail vivant auquel il fournit les moyens de production.» (Ibid., ρ. 159).

 

Mais s'il est vrai que le travail est le vrai créateur de la richesse, il n'en est pas moins vrai que le capital en s'appropriant le surtravail se présente comme ayant, lui, cette faculté. C'est la phase de domination réelle où tout apparaît comme étant du capital. D'où l'emploi par K. Marx non plus du terme de travail coexistant mais de celui de capital coexistant. «Ainsi toutes les forces de travail sont transformées en forces du capital: la force productive du travase trouve dans le capital fixe (qui est posé extérieur à elle et existant sous forme réifiée (sachlίch) indépendamment d'elle; dans le capital circulant on a 1a force productive du travail, d'un côté, parce que le travailleur a lui-même présupposé les conditions de renouvellement dé son travail et que, d'un autre côté, l'échange de son travail est médiatipar le travail coexistant des autres; cela apparaît ainsi parce que le capital fait des avances et pose la simultanéité des branches de production (les deux dernières déterminations appartiennent en propre à l'accumulation); sous la forme du capital circulant le capital se pose en médiateur entre les différents travailleurs (Fondements, t: 2, p. 216). La continui du capital, la possibilide reproduction réside dans le travail coexistant, mais, étant donné le salariat, cela se présente en fait comme étant une propriété du capital sous sa forme circulante.

 

Tout n'est plus que capital. Ιl masque l'acteur réel de la production: le travail humain. Cela νa retentir au sein du procès de production du capital. Dans celui-ci: «... le temps de travail consacré à 1a production de capital fixe se rapporte au temps de travail consacré à la production de capital circulant comme le sur-travail au travail nécessaire. Dans la mesure où la production déstinée à satisfaire les besoins immédiats devient plus productive, une plus grande partie de la production pourra être orientée vers la satisfaction des besoins de la production elle-même ou vers la production des moyens de production. » (Ibid., t. 2, ρ. 227).

 

À ce moment-là nous avons l'assujettissement total du travail au capital: «Là où règne le capital (comme autrefois l'esclavage, le servage ou le système des corvées), le temps de travail absolu du travailleur lui est posé comme condition pour avoir le droit de travailler le temps nécessaire c'est-à-dire pour pouvoir réaliser en valeurs d'usage ce qui est nécessaire à l'entretien de sa force de travail». (Ibid., t. 2, p. 25).

 

4 - Les marchandises - produits du capital

 

 

«Au début, nous concevions la marchandise particulière comme résultat et produit direct d'un quantum de travail déterminé, Maintenant que la marchandise se présente comme produit de la production capitaliste, la chose change formellement en ce que... » (Le Capital, L. IV, t. 4, ρ. 98). Ici, la détermination de la valeur par le temps de travail nécessaire pour produire, plus préciment pour reproduire, une marchandise, n'est plus suffisante. Ι1 importe de faire intervenir deux nouveaux éléments: le travail payé, lié au sur-travail. « ...la marchandise, en tant que produit du capital, contient pour partie du travail payé et pour partie du travail non-payé». (VIème chapitre, p. 80). On doit préciser cela en faisant remarquer que:  «À part le capital constant pour lequel est payé un équivalent, une partie du travail objectivé est échangée contre son équivalent en salaire, une autre est appropriée sans équivalent par le capitaliste ». (VIème chapitre, p. 81). Ι1 y aurait donc inéquivalence et la loi de la valeur ne jouerait plus! C'est la grande difficul que les économistes classiques ne parvinrent pas à surmonter: «La première difficul dans le système de D. Ricardo, c'est d'expliquer comment l'échange du capital et du travail se fait en accord avec la loi de 1a valeur». (L. IV, t. 7, p. 17). K. Marx a clairement posé les éléments de la difficulté: «Or, le travail salarié est une marchandise. C'est même la base sur laquelle a lieu la production de tous les produits en tant que marchandises. Mais la loi des valeurs ne s'applique pas à lui. Par conquent elle ne domine pas la production capitaliste.» (L. IV, t. 3, p. 140). Voilà la conclusion à laquelle parvenaient les économistes. K. Marx a résolu le problème comme nous l'avons vu, en montrant que l'échange se faisait entre capital-travail objectivé et force de travail qui au cours de sa consommation productive engendre un quantum de valeur supérieur à celui contre lequel elle fut échangée. Tout le développement du capitalisme consiste en la recherche d'extraire du travail vivant un quantum toujours plus grand; c'est pourquoi dire que les marchandises produits du capital contiennent de plus en plus de travail non payé équivaut à la proposition suivante: le capital domine de plus en plus la force de travail et l'exploite de façon de plus en plus intensive sans jamais violer la loi de la valeur. Pour atteindre ce résultat, il faut que la valeur de la force de travail tombe au minimum (autre aspect de la dévalorisation) de telle sorte que pour une durée d'utilisation donnée, la plus-value extorquée soit la plus grande possible.

 

Une autre caractéristique de la marchandise produit du capital, c'est que «La marchandise particulière apparaît non seulement matériellement comme partie du produit du capital, mais comme partie aliquote du lot produit par lui.» (VIème, p. 81) [6]

 

K. Marx indique ensuite les tendances du capitalisme en ce qui concerne la production des marchandises: «Si nous faisons abstraction des diverses actions perturbatrices dont nous n'avons que faire ici, la tendance et le résultat du mode de production capitalïste, c'est d'augmenter constamment la productivité du travail (ce qui est une conquence de la loi indiquée plus haut n.d.r.); donc, d'augmenter sans cesse la masse des moyens de production transformés en produits avec un même travail additionnel; de répartir le travail additionnel sur une masse sans cesse plus grande de produits, donc de diminuer le prix de chacune des marchandises ou en néral rendre meilleur marché le prix des marchandises» . (VIème, p. 91). Le capitalisme produit plus de marchandises contenant plus de travail non payé.[7]

 

Enfin un dernier caractère qui est en liaison avec la dévalorisation: «La marchandise particulière - en tant que produit du capital, en réalité en tant que partie élémentaire du capital reproduit et revalori- signifie sa différence avec la marchandise particulière dont nous sommes partis en tant que présupposition de la constitution du capital, la marchandise considérée de façon autonome, encore en ceci - en dehors de ce qui a été consiré jusqu'ici, c'est-à-dire les points concernant la détermination des prix - que si la marchandise est vendue à son prix, la valeur du capital avanpour sa production, la plus-value créée par ce capital peuvent être plus ou moins réalisées.» (VIème p. 102).

 

Ici encore, le VIème Chapitre anticipe sur ce qui sera la matière du livre III de Le Capital: la transformation de la valeur en prix de production et la baisse tendancielle du taux de profit. C'est pourquoi il apparaît réellement comme une synthèse de l'œuvre en même temps qu'il fournit un fil conducteur essentiel pour l'étude des formes de la valeur en système capitaliste.

 

5 - Le capital et domination de la loi de 1a valeur; autonomisation du capital.

 

 

Tout d'abord il nous faut faire remarquer ceci: la marchandise produit du capital suppose un changement quant à la forme de la production. En particulier, la marchandise de la production marchande simple était le but de la production, le produit réel de la production. Sous le capitalisme, ce n'est plus le cas, la marchandise n'est qu'apparemment son produit. Le produit réel, c'est la plus-value. Mais faire une telle affirmation, c'est nier que le capital domine réellement les conditions de la production, la production elle-même. En effet, l'énoncer, cela revient à mettre encore en relief l'action de l'homme, du prolétaire qui a effectivement engendré la plus-value. Lorsque le capital domine totalement, il se présente, nous l'avons vu, comme étant lui-même le créateur de l'excédent de valeur. C'est pourquoi la transformation de la plus-value en profit et du taux de plus-value en taux de profit découle directement de la domination du capital: l'une est liée à l'autre indissolublement. Voilà pourquoi dans les Grundrisse, lors de l'analyse de la transformation de la plus-value en profit, K. Marx parle du capital en tant que porteur de fruits.

 

Pour résoudre donc cette apparente contradiction exposée dans la citation précédente, il faut voir comment le capitalisme s'assujettit la loi de 1a valeur afin de prendre au travail le plus de valeur possible. Car, la question, il faut le rappeler, se situe toujours au niveau de celle-ci. «Toutes les variations du prix de production des marchandises se réduisent en dernière analyse à un changement de leur valeur (L. III, t. 6, p. 220), ou, p. 193 du même tome: «Quelle que soit la manière dont les prix des diverses marchandises sont d'abord fixés ou réglés les uns par rapport aux autres, la loi de 1a valeur domine le mouvement.» D'ailleurs, toute la vie du capital - valeur en procès - est de surmonter les révolutions de la valeur: «Du fait que nous n'étudions en ce moment que la forme du mouvement, nous ne tenons pas compte des révolutions que la valeur capital peut subir dans son propre procés cyclique; mais il est clair qu'en dépit de toutes les révolutions de valeur, la production capitaliste ne saurait exister et durer que pour autant que la valeur capital se valorise, c'est-à-dire décrit son procès cyclique en tant que valeur autonomisée, donc pour autant que les révolutions de valeur peuvent être surmontées et aplanies d'une façon ou de l'autre.» (L. II, t. 4, pp. 97-98). Le dénouement de la contradiction se trouve donc dans le devenir de la valeur capital.

 

 Pour que le capital se manifeste selon son être, il faut qu'il soit toujours de la valeur en procès ce qui a pour corollaire qu'en aucune façon il ne doit se fixer en l'une quelconque de ses déterminations. Il doit revêtir toutes les formes et les quitter successivement toutes pour réaliser la valorisation de la valeur avancée. Ceci s'exprime d'une autre manière en disant que le Capital est la valeur d'échange parvenue à l'autonomie. Nous avons vu la phase préliminaire à ce développement dans la Version primitive. Dans le VIème chapitre, K. Marx affirme que cette autonomie est caractéristique du mode de production capitaliste. Dans le livre II et surtout dans le livre ΙΙΙ, il explique comment le capital parvient à s'autonomiser. Ce qui implique qu'il domine le procès qui l'a historiquement engendré et que tout se passe comme pour l'or: «Le mouvement médiateur s'évanouit dans son propre résultat et ne laisse aucune trace. Sans leur intervention, les marchandises trouvent toute prête leur propre forme valeur dans le corps d'une marchandise existant en dehors et à côté d'elles. Ces simples choses, argent et or, telles qu'elles sortent des entrailles de la terre, figurent aussitôt comme incarnation immédiates de tout le travail humain; de là la magie de l'argent.» (L. Ι, t. 1, p. 103). Or, il y a une magie du capital, puisque les économistes disent qu'il est apte à créer de la valeur. Voyons donc les différentes étapes de ce procès d'autonomisation.

 

 

a) Transformation de la plus-value en profit et du taux de plus-value en taux de profit.

 

 

Ce qui est essentiel pour le capital, c'est qu'il puisse se valoriser, engendrer un incrément de valeur et non pas qu'il réalise obligatoirement toute 1a plus-value qu'il extorque aux ouvrier. En effet, le capitaliste avance un certain capital k = (c + ν) qu'il appelle coût de production: «Le coût de 1a marchandise se monte, du point de vue du capitaliste, à la dépense de capital, son coût réel, à la dépense de travail.» (L. III, t. 1, p. 48). Nous voyons ici que le capital se pose en dominateur puisque le sur-travail n'est pas compté dans le coût de production. Autrement dit, le procès de valorisation l'emporte sur celui de travail.

 

Le capitaliste peut obtenir après passage de k dans le procès de production et de circulation une quantik' supérieure à k. Ι1 est évident qu'il désire que k' soit le plus grand possible, mais la concurrence fait que ceci ne peut se réaliser que dans des limites données. À partir de là, nous comprenons qu'un capital n'est viable que dans la mesure où il est apte à engendrer un incrément - si minime soit-il - tel que k' soit différent de k; k doit se transformer en k + Δ k tel que k' - k = Δ k. Δ k est le profit. Nous retrouvons ainsi les formules de K. Marx utilisées dans le VIème chapitre, lors de l'analyse de la transformation de l'argent en capital. Une somme d'argent x est capital si elle capable de se transformer en x+ Δx. « Le profit tel qu'il se présente à nous d'abord est donc la même chose que la plus-value; il en est simplement une forme mystifiée, qui naît cependant nécessairement du mode de production capitaliste. Du moment que, dans la composition apparente du coût de production, on ne voit pas de différence entre capital et capital variable, l'origine du changement de valeur qui se produit pendant le procès de production doit être nécessairement transférée de la portion du capital variable au capital dans son ensemble. C'est parce que le prix de la force de travail apparaît à l'un des pôles sous la forme modifiée du salaire, qu'au pôle opposé la plus-value apparaît sous la forme modifiée du profit ». (L. III, t. 6, p. 61).

 

Il en est de même du taux de profit: « Le rapport de 1a plusvalue au capital variable s'appelle taux de plus-value; le rapport de celle-ci au capital total s'appelle taux de profit. Ce sont là deux mesures différentes de la même grandeur qui expriment en même temps deux rapports ou références de celle-ci par suite de la différence des étalons employés ». (L. III, t. 6, p. 61).

 

Dés lors, le capital «apparaît en tant que rapport à lui-même; dans ce rapport il se distingue en tant que somme de valeur initiale, d'une nouvelle valeur par lui-même posée (Ibid., ρ. 61). De même, la plus-value devait se distinguer de la valeur avancée. D'autre part, le capital qui s'est emparé de toutes les branches de production - tout est devenu capital, avons-nous dit - a besoin de son propre système de mesure [8] C'est pourquoi nous assistons au début de l'autonomisations qui νa s'accroître lors de la...

 

 

b) Transformation du profit en profit social moyen.

 

 

L'ensemble du capital social a rapporté un profit donné. Le taux de profit social moyen est le rapport de ce profit a la totalité du capital avancé. L'ensemble du capital social détermine donc le taux de profit et l'impose à tous les capitaux individuels. D'autre part, 1a masse du profit est égale à celle de la plus-value. Tous les capitaux, parties aliquotes du capital social veulent réealiser le profit social moyen et donc s'accaparer une portion de la masse sociale de plus-value extorquée aux ouvriers. Ils ne peuvent le faire qu'en fonction de la plus-value qu'ils ont effectivement arrachée aux prolétaires. Puisque ce qui compte, c'est de récupérer une quantité de capital supérieure à celle avancée. Cela se réalise au travers de la concurrence des capitaux.

 

Arrivé à ce stade de la démonstration, K. Marx fait une constatation qui situe à nouveau la contradiction apparente dont nous avons parlé au sujet de la loi de la valeur sous le capitalisme. "Nous avons donc montré qu'il existe dans des branches d'industrie diffé­rentes des taux de profit inégaux correspondant à une composition organique différente des capitaux et aussi à une différence dans leur temps de rotation, à l'intérieur de limites fixées. Ι1 s'ensuit aussi que, le taux de la plus-value et le temps de rotation étant égaux, la loi qui veut que les profits soient proportionnels aux grandeurs des capitaux et que par conséquent des capitaux de même grandeur, dans des intervalles de temps égaux, rapportent des profits égaux ne s'applique (dans sa tendance générale) qu'à des capitaux de composition organique identique. La validité de ce qui précède repose sur l'hypothèse de base de nos developpements antérieurs: à savoir que les marchandises sont vendues à leur valeur. Par ailleurs, si l'on écarte des différences insignifiantes, fortuites, se compensant les unes les autres, il n'y a pas de doute que dans 1a réalité il n'existe pas et i1 ne saurait exister de différence dans les taux moyens de profit entre les différentes branches de production, sans que tout le système de la production capitàliste en soit supprimé. Ι1 semblerait donc que la théorie de la valeur soit ici incompatible avec le mouvement réel et les phénomènes objectifs accompagnant la production et qu'il faille par conséquent renoncer à comprendre ces phénomènes. » (L. III, t. 6, pp. 169-170).

 

Après avoir indiqué 1a contradiction apparence, telle que nous l'avons abordée, i1 indique où se trouve la difficulté réelle: «Toute la difficulté provient de ce que les marchandises ne sont pas échangées simplement en tant que marchandises, mais en tant que produits de capitaux qui prétendent participer à la- massé totale de la plus-value proportionnellement à leur grandeur, et - à grandeur égale - réclament une participation égale.» (L. III, t, 6, p. 11). Nous l'avons déjà indiqué, la masse de plus-value est égale à la masse de profit. Tous les capitaux prélèvent proportionnellement à leur grandeur.

 

À la fin de cette péréquation, toute la plus-value, et donc tout le profit, a été répartie entre les divers capitaux. Pour chaque capital l'incrément de valeur provient d'une source unique: la force de travail des ouvriers. Le capital social répartit au travers de 1a concurrence cette plus-value extorquée: «La concurrence exécute les lois internes du capital. Elle en fait des lois contraignantes pour le capital particulier, mais ne les invente pas. Elle les réalise». (Fondements, t. 2, p. 279). Ainsi le capital s'est assujetti la loi de la valeur (ceci est d'ailleurs contenu dans le passage à la domination réelle du capital sur le travail, c'est-à-dire le moment où il domine de façon absolue la source même de 1a valeur); il médiatise les valeurs individuelles et, la forme médiatiése de celles-ci, c'est le prix de production (coût de production plus profit, c +ν + π = k'). « Les variations dans le temps de travail nécessaire pour produire des marchandises, partant de leur valeur, apparaissent ici, relativement aux coûts de production, donc aux prix de production, comme une répartition différente du même salaire sur une plus ou moins grande quantité de marchandises selon que plus ou moins de marchandises sont produites pour un temps de travail et un salaire constants. Tout ce que le capitaliste et l'économiste voient, c'est que la partie du travail payé qui se rapporte à l'unité des marchandises varie avec la productivité du travail et que partant, varie la valeur de chaque unité; il s'en aperçoit d'autant moins qu'en effet, le travail non payé consommé dans sa sphère ne détermine que tout à fait par hasard le profit moyen. Ce n'est plus que sous cette forme grossière et aconceptuelle que transparaît encore le fait que la valeur des marchandises est déterminée par le travail contenu en elles. » (L. III, t. 6, pp. 187-188).

 

Le mouvement qui a engendré le capitaliste, l'échange entre travail vivant et travail mort, objectivé, est masqué; d'une part le rapport du capital variable au capital constant, d'autre part celui du capital variable à la plus-value (ce n'est que pour le capital de composition organique égale à la moyenne sociale que la plus-value est égale au profit) n'apparaissent pas opérants, mais c'est la quantité c + ν = k, coût de production, capital anticipé, qui est déterminante. Le mouvement disparaît dans son résultat, d'où la magie du capital.

 

Ι1 est important à ce propos de rappeler l'objection faite par les économistes et que K. Marx présente ainsi dans la Contribution «Le prix de marché des marchandises tombe au-dessous ou dépasse leur valeur d'échange suivant les variations de l'offre et de la demande. Par conquent, la valeur d'échange des marchandises est déterminée par le rapport de l'offre et de la demande et non par le temps de travail qu'elles contiennent. Pratiquement cette étrange conclusion soulève simplement la question suivante: comment se forme sur la base de la loi de la valeur (c'est nous qui soulignons n.d.r.) d'échange un prix marchand différent de cette valeur, ou plus exactement comment la loi de la valeur d'échange ne se réalise-t-elle que dans son contraire» (p. 38). Invariance du marxisme! La solution était connue bien avant que le troisième livre ne fût publié. Ι1 fut des imbéciles, il en est encore, pour taxer d'accomodation l'explication donnée par la théorie des prix de production. K. Marx n'a pas opéré de rétrogradation théorique: i1 n’a pas eu à accomoder puisque tout était contenu dans les formes de 1a valeur.

 

Les économistes vulgaires qui faisaient l'objection précédemment indiquée affirmaient que la loi de la valeur n'était plus opérante sous le capitalisme: le temps de travail socialement necessaire ne déterminerait plus la valeur des marchandises. «Bien que pour la plupart des marchandises les prix de production différent des valeurs et que leurs frais de production s'écartent par conséquent de la masse totale de travail qu'elles renferment, il est évident que ces frais de production et ces prix de production ne sont pas uniquement déterminés par la valeur des marchandises, conformément à la loi de la valeur, mais qu'on ne saurait en comprendre l'existence qu'en partant de la valeur et de sa loi; sans cela, on aboutirait à une absurdité. »

 

«On voit en même temps comment les économistes qui considèrent d'une part le phénomène en action dans la concurrence et ne conçoivent pas, d'autre part, la médiation entre la loi de la valeur et la loi des coûts de production, se sauvent dans la fiction: c'est le capital et non le travail qui détermine la valeur des marchandises, ou mieux, il ne donne aucune valeur.» (L. IV, t. 6, p. 129).

 

Ils ne peuvent aboutir à une telle conclusion que parce qu'ils raisonnent sur le phénomène apparent et sur le résultat de celui-ci: l'autonomisatίon du capital. Mais cette apparence signifie simplement que le capitalisme domine la loi de 1a valeur. Si vraiment il n'y avait plus de valeur, cela voudrait dire que le capital se serait affranchi totalement de sa base, de sa condition de vie: l'échange entre travail vivant et travail objectivé; il serait lui-même créateur de produits et il n'y aurait plus de valorisation. À l'échelle d'un capital individuel l'échange est masqué, mais i1 apparaît encore nettement à l'échelle sociale même si la quantité de travail vivant tend à diminuer.

 

La formation d'un taux de profit social moyen est le résultat de 1'autonomisatίon du capital. Or, celui-ci ne peut devenir autonome qu'en développant son caractère social comme ce fut le cas pour la valeur d'échange dans la période de productίon marchande. En effet, par la généralisation des échanges, nous avons vu que la valeur devenait de plus en plus le représentant de tout le travail abstrait de la société (la monnaie). En assurant ainsi une fonction sociale, elle se rend indépendante de toutes les valeurs d'usage qui sont à la base de sa formation, puisqu'elles s'équivalent toutes à elle. Seulement ce mouvement a une limite liée aux données mêmes de la circulation: elle nie son caractère social lorsqu'elle doit s'échanger contre une marchandise particulière.

 

Pour le capital, la circulation par l'entremise de la concurrence permet la transformation de la valeur en prix de production. C'est le moyen qu'a le capital de se rendre autonome vis-à-vis du procès de production immédiat. Ι1 peut opérer dans n'importe lequel, ce qui provoque l'égalisation des conditions de la production en ce sens que finalement deux capitaux égaux, mais à composition organique différente donnent un taux de profit identique. Ceci se produit uniquement parce que le capital est devenu social et non plus une simple donnée de la société à côté de la propriété foncière par exemple ou de la petite propriété artisanale. Le temps de travail immediat n'est plus le déterminant direct de la valeur. Autrement dit, le capital est lui-même son propre équivalent général. Chaque quantum de capital se réflète dans le capital social qui, lui, détermine le quantum d'accroissement du premier. Tous les capitaux individuels sont relatifs au capital social. Telle apparaît la loi de la valeur en systeme capitaliste.

Le capital domine la loi de la valeur et l'égalisation des taux de profit devient présupposition de la production capitaliste: «Le capital apparaît donc comme capital, en tant que valeur présupposée par la médiation de son propre procès, se rapportant à lui-même comme valeur posée et produit, et la valeur posée par lui s'appelle profit». (Fondements, t. 2, p. 291). Ιl exerce une domination absolue sur la société et tend à devenir la société: stade final du développement de son caractère social. L'opposition ne se fait plus entre capital et modes de production antérieurs, mais entre une fraction du capital et le capital lui-même présupposition du procès de production et du procès de circulation. «Le capital réussit plus ou moins cette égalisation; il la réussit d'autant mieux que le développement capitaliste dans une communauté nationale donnée est plus grand, c'est-à-dire que les conditions du pays en question sont mieux adaptées au mode de production capitaliste. À mesure que celle-ci progresse, ses conditions se développent; elle soumet la totalité des présuppositions sociales, dans lesquelles se déroulent le procès de production, à son caractère spécifique et à ses lois immanentes.» (Livre ΙΙΙ, t. 6, pp.210-11). Autrement dit le capital devient sa propre mesure comme l'or était 1a mesure de toutes les valeurs marchandes. Ceci, encore une fois, exprime son autonomίsation et sa magie. Voilà pourquoi le capitalisme est le dernier mode de production basé sur 1a valeur, car c'est la forme de production où la valeur se constitue société. Cest ce qu'explique F. Engels dans la Preface du Livre III du Capital et ce que montre K. Μarx, de façon apodictique dans les Fondements, t. 2, p. 220: «L'échange du travail vivant contre du travail objectivé, c'est-à-dire le fait de poser le travail social sous la forme de la contradiction entre capital et salariat, est l'ultime développement du rapport valeur et de la production fondée sur la valeur». Le capital lui même tend à la nier. Pour cela il faut que le prolétariat soit complèment soumis, sans quoi la domination de la loi de la valeur ne signifierait rien. «De ce que nous venons de dire, il résulte que chaque capitaliste individuel, tout comme l'ensemble des capitalistes dans chaque sphère de production particulière, participe à l'exploitation de toute la classe ouvrière par l'ensemble du capital et au dégré de cette exploitation, non seulement par sympathie générale de classe, mais par intérêt économique dirèct, parce que le taux moyen de profit dépend du degré d'exploitation du travail total par le capital total (en supposant données toutes les autres conditions, y compris la valeur de l'ensemble du capital constant avancé. » (Livre III, t. 6, ρ. 221).

 

Enfin, dans l'étude du rapport entre taux de plus-value et taux de profit, K. Marx explique la relation entre valorisation et dévalorisation. Ι1 donne une formule mathématique:

rapport

dans laquelle ν/k est le rapport entre la quanti de travail vivant employée dans un procès de production à la masse de valeur objectivée (capital anticipé) qu'il peut mettre en mouvement. On pourrait l'appeler valorisation du capital; plus exactement, valorisation potentielle telle qu'elle se présente au début du procès de production immédiat, avant que celui-ci ne se déroule. La valorisation réalisée serait p/k, c'est le rapport de la plus-value au capital avancé (taux de profit). Ιindique ce qui a été effectivement extorqué à l'aide d'un capital donné. Enfin, si l'on analyse la question à l'échelle sociale, il est évident que cette valorisation s'exprimera par π/k; le profit est déterminé maintenant par le mécanisme de la concurrence entre capitaux particuliers. «En fait, le rapport p/k exprime le degré de valorisation (verwertunsgrad) de tout le capital avancé; ce rapport considéré sous l'aspect de sa dépendance interne, conceptuelle, et du point de vue de la nature de la plus-value, indique la relation entre la grandeur de 1a variation du capital variable et la grandeur du capital total avancé. » (Livre III, t. 6, ρ. 64).

 

Mais il indique en même temps la dévalorisation de celui-ci, parce que, historiquement, le capital constant tend à s'accroître de façon extraordinaire par rapport au capital variable. Donc v/k tend à diminuer. D'où il résulte la tendance, dont nous avons déjà parlé, qui est de diminuer la quanti de valeur avancée, surtout sous forme de capital constant: c'est 1a dévalorisation. Si beaucoup de valeur se fixe sous forme de k, il est évident que π' diminue (donc fixation = valorisation). Ι1 faut libérer une fraction de k (donc le dévaloriser) pour permettre une valorisation plus grande.

Mise sous forme différente, 1a formule devient:



elle montre que pour avoir un accroissement du taux de. profit, lorsque le capital anticipé s'accroît énormément, il faut que le taux de plus-value augmente considérablement, c'est-à-dire que l'exploitation du prolétariat νa toujours augmentant. Parallèlement à la dévalorisation, i1 y a diminution de la quantité de travail payé dans les marchandises. C'est l'autre aspect de la dévalorisation que nous avons déjà vu dans le VIème Chapitre. Cette formule implique la socialisation de la production sous les deux formes analysées précédemment et, enfin, la baisse tendancielle du taux de profit, que nous allons étudier maintenant.

 

 

c) Loi de la baisse tendancielle du taux de profit.

 

 

Au niveau historique où cette loi se manifeste, la domination du capital est réellement absolue. Nous avons vu qu'elle s'exerçait sur le capital fixe; sur les formes simultanées, c'est le capital circulant sous son aspect coexistant: «Le mode déterminé du travail est transféré ici de l'ouvrier au capital sous la forme de la machine et, par ce transfert, sa propre force de travail est dévalorisée. D'où la lutte du travailleur contre la machine. Ce qui était activité du travailleur vivant, devient activité de la machine.» (Fondements, t. 2, ρ. 220). Elle s’exerce de même sur le travail en tant que créateur de la valeur d'échange. Tout se passe comme si c'était le capital lui-même et non le travail qui serait cause de l'incrément de valeur.

 

La loi s'exprime ainsi: «Comme la masse de travail vivant utilisé diminue constamment par rapport à la masse de travail objectivé qu'elle met en mouvement, il faut donc aussi que la partie de ce travail vivant qui n'est pas payé et s'objective dans la plus-value, se trouve dans un rapport constamment décroissant vis-à-vis du volume de valeur du capital total utilisé. Ce rapport de la masse de plus-value à la valeur du capital total utilisé constitue le taux de profit; celui-ci doit donc constamment baisser.» (Livre III, t. 6, p. 227).

 

Elle résume toutes les contradictions du système capitaliste analysées auparavant. Elle en implique d'autres qui sont liées à la lutte contre la baisse tendancielle, aux efforts faits pour en limiter les conséquences. Ι1 faut donc maintenant voir le mouvement d'autonomisation et d'expropriation et «découvrir et décrire les formes concrètes auxquelles donne naissance le mouvement du capital considéré comme un tout.» (Livre III, t. 6, p. 47). Cela revient, au fond, à analyser les conquences de la loi des prix de production, c'est-à-dire, les conquences de la domination de la valeur par le capital.

 

 

6) Conseqιιences de la loi des prix de production. Conquences de la  domination de la loi de la valeur par le capital.

 

 

a) L'expropriation.

 

 

Elle ne s'effectue plus uniquement aux dépens des travailleurs, d'une part, et, d'autre part, elle n'opère plus sur les mêmes éléments. Le travailleur ne peut plus être séparé de ses moyens de production. Elle s'effectue enfin aux dépens d'un autre personnage: le capitaliste. «C'est cette séparation entre conditions de travail d'un côté, et producteurs de l'autre qui constitue le concept du capital, qui, inauguré par l'accumulation primitive (Livre Ι, chapitre XXIV), apparaît ensuite comme procès ininterrompu dans l'accumulation et la concentration du capital et ici s'exprime finalement dans la centralisation en peu de mains des capitaux existant déjà et dans la décapitalisation (c'est maintenant la nouvelle forme de l'expropriation) d'un grand nombre de capitalistes. Ce procès ne tarderait pas à mener la production capitaliste à la catastrophe, si, à côté de cette force centripète, des tendances contraires n'avaient sans cesse des effets décentralisateurs.» (Livre III, t. 6, p. 259).

 

De même dans le tome 7, page 105: «L'expropriation s'étend ici du producteur immédiat aux petits et moyens capitalistes eux-mêmes. Cette expropriation est le point de départ du mode de production capitaliste dont le but est de la réaliser et, en dernière instance, d'exproprier tous les individus des moyens de production qui, avec le développement de la production sociale, cessent d'être des moyens et produits de la production privée et sont seulement moyens de production dans les mains des producteurs associés; ils peuvent donc être leur propriété sociale, tout comme ils sont leur produit social. »

 

La concentration du capital equivaut à la socialisation de plus en plus poussée de la production. Cela veut dire que capitalisme engendre le communisme, de même que le féodalisme a engendré le capitalisme. Il engendre sa propre négation. En conquence, il ne peut assurer sa survie qu'en détruisant cet antagonisme: donc décentralisation, privatisation et liration de parcelles de capital qui sont pour ainsi dire arrachées au capital fixe par le devenir du mode de production; ce qui est encore dévalorisation pour poser une valorisation.

 

 

b) L'autonomisation

 

 

Le Capital intérêt

 

Le capital en sa forme la plus pure de capital-argent, de capital-financier, présente la même nature double que la marchandise: une valeur d'usage et une valeur d'échange: «Sur 1a base de la production capitaliste, l'argent - considéré ici en tant qu'expression autonome d'une somme de valeur, à condition qu'elle existe effectivement (tatsächlich) en argent ou en marchandises - peut se transformer en capital et, d'une valeur donnée, il devient - gràce à cette transformation - une valeur se valorisant et s'accroissant elle-même. Il produit du profit, c'est-à-dire qu'il permet aux capitalistes d'extorquer aux ouvriers une certaine quantide travail non-payé, du surproduit et de la plus-value et de se les approprier. Outre la valeur d'usage qu'il possède comme argent, il acquiert une autre valeur d'usage: celle de fonctionner en tant que capital. Sa valeur d'usage consiste préciment alors dans le profit qu'il produit, une fois transformé en capital. En cette quali de capital potentiel (mögliches), en tant que moyen de production du profit, i1 devient marchandise, mais une marchandise sui generis. Ou, ce qui revient au même, le capital en tant que capital devient marchandise.» (Le Capital, L. III, t. 7, pp. 7-8).

 

Si un Capitaliste cède cette marchandise à un autre qui l'utilisera, ce second capitaliste paiera au premier, à la fin de l'utilisation de cette marchandise, une somme donnée appelée intérêt, en plus de la marchandise qu'il restitue. Lnterêt «paie donc l'usage du capital». Ce qui représente «la valeur d'usage de l'argent prêté c'est de pouvoir faire la fonction de capital et de produire dans des conditions moyennes le profit moyen.» (L. III, t. 7, p. 20). La valeur d'usage de ce capital se manifeste dans le fait de permettre le procès de valorisation. Cela exprime à quel point le capital est devenu autonome. «La réalité sociale contradictoire de la richesse matérielle - son opposition au travail en tant que travail salarié - séparée du procès de production, est déjà exprimée dans le fait de posséder du capital en tant que tel. Cet aspect déterminé, détaché du procès de production capitaliste lui-même, dont il est l'aboutissement constant et comme tel, l'éternelle condition, s'exprime dans le fait que l'argent tout comme la marchandise, sont en soi, de façon latente, en puissance, du capital; qu'ils peuvent être vendus comme capital et que, sous cette forme, ils commandent le travail d'autrui, ils donnent droit à l'appropriation du travail d'autrui. Ils sont donc de la valeur qui fructifie. Ι1 ressort ici clairement que le droit et le moyen de s'approprier le travail d'autrui résultent de cet état de choses et non d'un travail quelconque fourni en contrepartie par le capitaliste.» (Ibid., p. 23).

 

La limite de l'autonomie ne pourra être que la force de travail en ce sens que le capital ne peut tout de même pas supprimer sa dépendance vis-à-vis de celle-ci. Mais ce n'est plus la force de travail individuelle (nous avons vu qu'à ce stade, elle n'existait plus), mais la force de travail sociale: le prolétariat que le capitalisme a lui-même unifié. Même si celui-ci, à la surface des phénomènes, apparaît divisé à cause des partis aux multiples couleurs, des syndicats aux réformίsmes variés qui essaient de le partager ou de maintenir une partition qui fait leur vie. Ils tentent en fait d'escamoter cette unité toujours revendiquée par les prolétaires afin de détruire l'autonomisation du capital. Ici encore, le communisme est prisonnier du capital. Au point le plus développé de ce dernier, le communisme est l'ennemi qu'on doit mystifier. Mais revenons aux caractères de cette autonomie:

 

1) Apparente faculde produire de la plus-value. «De même que le propre de l'arbre est de croître, de même engendrer de l'argent semble être le propre du capital sous sa forme de capital argent. » (Ibid., p. 57).

 

«Le capital figure ici à la fois comme arbre et comme fruit ; le profit qu’il donne a pour mesure sa propre valeur, mais le capital persiste toujours». (Livre IV, t. 8, p. 128)

 

2) Ι1 est sa propre mesure.

 

 «Il est un rapport de grandeurs, rapport en tant que somme principale - en tant que valeur donnée - à elle-même en tant que valeur se valorisant, en tant que somme principale qui a produit une plus-value.» (Ibid., p. 55) [9]

La valeur d'échange parvenue à l'autonomie est le capital qui tend à devenir autonome, et il ne le peut qu'en se libérant de la valeur d'usage de l'échange avec laquelle il naît. Ici le capital devenu autonome n'est échangé, acheté que pour sa valeur d'usage, c'est-à-dire pour sa faculté d'entrer dans un procès de production immédiat et d'en ressortir valorisé. Nous pouvons dire - par analogie avec la force de travail - qu'il est acheté pour sa force de production. «Ce qui est en fait vendu c'est sa valeur d'usage qui est, ici, de poser de la valeur d'échange, de produire du profit, de produire plus de valeur qu'il n'en contient lui-même.» (L. IV, t. 7, p. 131).

Mais [10] nous savons pourquoi cela est possible. Parce que le travail mort, au sein de ce procès, s'échange contre du travail vivant. Ainsi, il apparaît bien que le capital rencontre une limite à son autanomisation; il ne peut se libérer du procès de production immédiat dans lequel il rencontre son antagoniste: le travail vivant. Le capital n'est une force de production que dans la mesure où i1 s'accapare de la force de travail.

 

Le crédit

 

Ι1 ne semble échapper à cette limite ainsi qu'aux effets de la baisse tendancielle du taux de profit, qu'en développant cette forme avec le capital par actions et le capital fictif. Ceci s'effectue par l'intermédiaire du crédit qui est la création la plus importante du système capitaliste. C'est gràce à lui que 1'autonomisation de la valeur a une réalité sociale. «Ainsi se trouve résolue cette question absurde: la production capitaliste avec son volume actuel serait-elle possible sans le systéme de crédit (même en ne considérant ce système que de ce point de vue-ci), c'est-à-dire avec la seule circulation métallique? Évίdemment non! Elle se serait heurtée aux limites de la production des métaux précieux.» (L. II, t. 4, p. 321) [11] En effet quel est le rôle du crédit dans la production capitaliste?

 

1) Nécessité de sa création pour que se produise l'égalisation du taux de profit, ou que se produise la tendance à cette égalisation sur laquelle repose toute la production capitaliste.

 

2) Diminution des frais de circulation.

 

3) Constitution de sociétés par actions. » (t. 7, pp. 101-102) « ... le crédit offre au capitaliste particulier, ou à celui qui passe pour tel, la disposition absolue à l'intérieur de certaines limites, de capital d'autrui, de propriété d'autrui, et par conquent le travail d'autrui. La disposition du capital social et non pas privé lui permet de disposer de travail social. Le capital lui-même, qu'on le possède réellement, ou seulement dans l'opinion du public devient uniquement la base de la superstructure du crédit.» (t. 7, p. 104).

 

« Le système de crédit accélère par conquent le développement matériel des forces productives et la constitution d'un marché mondial; la tâche historique de la production capitaliste est justement de pousser jusqu'à un certain degré de développement ces deux facteurs, la base matérielle de la nouvelle forme de production.» (t. 7, p. 106).

 

En quoi consiste cette formation de capital fictif? «On appelle capitalisation la constitution du capital fictif. On capitalise n'importe quelle recette se répétant régulièrement en calculant, sur la base du taux d'inrêt moyen, le capital qui, prêté à ce taux rapporterait cette somme, par exemple, si 1a recette actuelle est de 100 l. st. Et le taux d'intérêt de 5°/ο; les 100 1. st. seraient l'intérêt annuel de 2.000 l.st. et ces 2.000 1. st. passent pour la valeur capital du titre de propriété qui, juridiquement, ouvre droit aux 100 Ι. st. annuelles. Pour quiconque achète ce titre de propriété, les 100 l.st de recette annuelle représentent en fait l'intérêt du capital qu'il a placé à 5%. Ainsi, il ne reste absolument plus trace d'un rapport quelconque avec le procès réel de valorisation du capital et l'idée d'un capital considéré comme un automate capable de créer de la valeur par lui-même s'en trouve renforcée.» (Livre III, t. 7, pp. 128-29).

 

Ici, le cycle est bouclé: «Si, primitivement, le capital faisait figure à la surface de la circulation, de fétiche capitaliste, de valeur créatrice de valeur, il réapparaît ici sous la forme de capital porteur d'intérêt sous sa forme la plus aliénée et la plus caractéristique.» (Livre ΙΙΙ, t. 8, p. 207). De même dans le Livre IV, t. 8, p. 145: « La forme inintelligible que nous rencontrons à la surface et dont, par conquent, nous sommes partis dans l'analyse, nous la retrouvons comme résultat du procès où la forme (Gestalt) du capital devient de plus en plus extranéisée (entfremdete) et sans relation à sa nature interne. »

 

«L'argent en tant que forme métamorphosée de la marchandise était notre point de départ. L'argent en tant que fοrme métamorphosée du capital est ce à quoi nous arrivons, tout comme nous avons reconnu la marchandise comme présupposition et résultat du procès de production du capital.»

 

Nous avons vu que dans le VIème chapitre, K. Marx explique que le capital dès l'abord apparaît comme «un fluens qui pose un fluxio ». C'est-à-dire qu'il est une grandeur x qui a la possibilide se transformer en x + Δx. Ιl a mis en évidence ce que recouvrait cette apparence, quelles étaient les conditions pour que ceci puisse se réaliser: le procès de travail et celui de valorisation; enfin comment le mouvement du capital crée cette apparence. Ce qui a été posé dans ce chapitre trouve son développement final ici. Le phénomène apparent n'est pas une illusion, il correspond à une réalité. Ι1 fallait inventorier les conditions pour qu'une telle réalité se manifeste. On voit ainsi l'unité de la théorie de K. Marx et son extraordinaire cohésion. Beaucoup de développements peuvent paraitre comme de simples digressions, uniquement parce que l'auteur n'a pas eu le temps de terminer son œuvre dont il disait qu'elle formait un tout: «En ce qui concerne mon travail, je vais te dire clairement ce qu'il en est. Ιl reste trois chapitres à écrire, pour terminer la partie théorique (les trois premiers Livres). Puis il y aura le IV° Livre consacré à l'histoire et aux sources qui sera pour moi, relativement la partie 1a plus facile... » « (...)  quelques fauts qu'ils puissent avoir, c'est l'avantage de mes écrits, qu'ils constituent un tout artistique et je ne puis parvenr à ce résultat qu'avec ma façon de ne jamais les faire imprimer tant que je ne les ai pas tout entiers devant moi » (K. Μarx à F. Engels 31.07.1865). Une vie d'homme n'était pas suffisante pour exposer la totalité de l'œuvre. Celle-ci apparaît comme un produit de l'èspece: jà des générations de marxistes se sont adonné à en développer la totalité.

 

 

7) Eternίté du capital. Destruction de valeurs pour garantir la valeur en procès, le capital.

 

 

Le capital parvenu à cette autonomie νa maintenant prétendre à l'éternité, à l'immortalité, dont i1 a été question dans 1a Version primitive (p. 246). La formule trinitaire «capital-profit (profit d'entrepreneur plus intérêt); terrain-rente foncière; travail-salairest l'expression théorique vulgaire de cette autonomisation. Ce qui conduit parallélement les bourgeois et leurs théoriciens à identifier une forme transitorire à la société dans son devenir, parce qu'ils ont devant eux le capital autonomiqui se pose comme un absolu. «Ce caractère social déterminé par une période historique donnée et qu'ils (les moyens de travail, n.d.r.) possèdent dans le procès capitaliste de production, on en fait un caractère matériel, inné, qu'ils ont de par nature et pour ainsi dire de toute éternité, en leurs qualités dléments du procès de production»; (L. III, t. 8, p. 203).

 

 

a) Les crises.

 

 

C'est pourquoi une des tâches de la production dans son ensemble est de garantir cette autonomie : «C'est un fondement de la production capitaliste que l'argent en tant que forme autonome de la valeur affronte la marchandise, ou que la valeur d'échange doive acquérir dans l'argent une forme autonome; et ceci n'est possible que parce qu'une marchandise déterminée devient la matière de la valeur dans laquelle se mesurent toutes les marchandises, devenant par là-même la marchandise nérale, la marchandise par excéllence par opposition à toutes les autres (c'est ce qu'ont démontré la Version primitive et 1a Contribution, n.d.r.). Ce phénomène doit se manifester à un double point de vue, et surtout dans les nations à système capitaliste développé qui remplacent l'argent dans une grande proportion par des opérations de crédit et par de la monnaie scripturale. En période de crise où se produit un resserrement ou une totale disparition du crédit, l'argent apparaît soudain absolument en face de la marchandise en tant que moyen de paiement unique et véritable existence de la valeur. D'où la dévalorisationnérale des marchandises, la difficulté et même l'impossibilité de les convertir en argent, c'est-à-dire en leur forme purement phantastique. Mais deuxièmement, la monnaie de crédit elle-même n'est de l'argent que dans la mesure où elle remplace absolument l'argent réel pour le montant de sa valeur nominale. L'hémorragie d'or rend problématiqque sa convertibili en argent, c'est-à-dire son identi avec de l'or réel. D'où mesures de contraintes, relèvement du taux de l'intérêt, etc. en vue d'assurer les conditions de cette convertibilité. Une législation erronée, fondée sur des fausses théories de l'argent et imposée à 1a nation par des financiers soucieux de leurs inrêts, les Overstone et consorts, peut pousser les choses plus ou moins à 1'extrême. Mais le fondement est donné par le fondement du mode de production. Déprécier la monnaie de crédit (pour ne pas parler d'une monétisation (Entgeldung) de celle-ci, purement imaginaire du reste) ébranlerait tous les rapports existants. Aussi la valeur des marchandises est-elle sacrifiée pour garantir dans l'argent l'existence phantastique et autonome de cette valeur. Valeur monétaire, elle n'est du reste garantie que tant que l'argent est garanti. Aussi faut-il pour sauver quelques millions d'argent, sacrifier bien des millions de marchandises. Ce phénomène est inévitable en système capitaliste de production et en constitue une des beautés. » (L. III, t. 7, pp. 176-177).)

 

Nous avons vu précedemment que pour assurer sa valorisation, le capital avait tendance à limiter son développement dans l'espace, seulement la lutte de classe à l'échelle internationale l'a contraint à se développer dans des zones de plus en plus vastes. C'est le prolétariat qui fut l'élément fondamental de cette contrainte; le prolétariat qui apparaît comme la vraie limite du mouvement d'autonomisation de la valeur capital. En effet, nous venons de voir l'aspect objectif de la crise; voyons maintenant son aspect subjectif: celui qui touche les producteurs: «Du reste, c'est seulement dans le mode de production capitaliste que doit absolument s'accroître le nombre des salariés, enpit de leur diminution relative. Pour lui, des forces de travail sont en excédent dés lors qu'il n'est plus indispensable de les faire travailler de douze à quinze heures par jour. Un développement des forces productives qui réduirait le nombre absolu des ouvriers, c'est-à-dire permettrait en fait à la nation toute entière de mener à bien en un laps de temps moindre sa production totale, amènerait une révolution parce qu'il mettrait la majorité de la population hors du circuit [12]. Ici encore apparaît la limite spécifique du mode de production capitaliste, et on voit bien qu'elle n'est en aucune manière la forme absolue du développement des forces productives et de la création de richesses; mais au contraire qu'elle entre en conflit avec eux à un certain point de son évolution. On a un aperçu partiel de ce conflit dans les crises périodiques qui résultent du fait qu'une partie de la population ouvrière, tantôt celle-ci, tantôt une autre, se trouve superflue dans son ancienne branche d'activité. La limite de cette production, c'est le temps excédentaire des ouvriers. L'excédent de temps absolu dont bénéficie la société ne l'intéresse nullement. Pour elle, le développement de la force productive n'est important que dans la mesure où il augmente le temps de surtravail de la classe ouvrière et non pas où il diminue le temps de travail nécessaire à la production matérielle ennéral, ainsi, elle se meut dans des contradictions.» (Livre III, t. 6, pp. 275-76).

 

Dans les crises, les limites qui avaient été vainement estompées prennent un caractère infranchissable. Ainsi, «avec le développement du système de crédit, la production capitaliste cherche continuellement à lever cette barrière de métal, cette barrière à la fois matérielle (dingliche) et fantastique de la richesse et du mouvement de celle-ci, mais revient toujours se buter la tête contre cette barrière.» (Livre III, t. 7, p. 234).

 

Au cours de la crise, tout le capital fictif s'effondre. Elle indique que la production capitaliste n'est pas arrivée à dominer la loi de la baisse tendancielle du taux de profit, ou, ce qui revient au même, que la crise n'est qu'un moyen catastrophique pour surmonter cette contradiction. Elle est parvenue à dominer la loi sur la base de laquelle elle s'est développée (loi de la valeur) mais elle ne parvient pas à s'assujettir celle qui la régit. C'est pourquoi cette loi de la baisse tendanceille du taux de profit est "la plus importante de l'économie politique et elle est la plus essentielle lorsqu'il s'agit de comprendre les rapports les plus difficiles. Du point de vue historique, elle est aussi la loi la plus importante. C'est une loi qui, malgré sa simplicité, n'a jamais été comprise jusqu'à ce jour et encore moins exprimée de façon consciente." (Fondement, t. 2, p. 275).

 

b) Les guerres.

 

La crise révèle le caractère transitoire du mode de production capitaliste que sonveloppement en période de prospérité avait masqué et que les économistes bourgeois avaient nié, chantant les louanges du Capital Éternel.

 

« …il s'ensuit ceci: la force productive déjà matériellement existante, déjà élaborée dans la forme du capital fixe, comme la puissance scientifique, comme la population, etc, bref toutes les conditions de la richesse, c'est-à-dire le riche développement de l'individu social; le développement des forces productives occasionné par le capital dans son développement historique, tout cela supprime (aufhebt) l'autovalorisation du capital, au lieu de la poser. Au delà d'un certain point, le développement des forces productives devient une barrière pour le capital; le rapport capitaliste devient une barrière pour le développement des forces productives du travail. Arrivé à ce point le capital, c'est-à-dire le travail salarié, entre dans le même rapport vis-à-vis du développement de la richesse sociale et des forces productives que les corporations, le servage, l'esclavage et, en tant qu'entrave, on doit s'en débarasser. L'activihumaine doit se dépouiller de la dernière forme de servitude dont elle est revêtue: le travail salarié d'un côté, le capital de l'autre. Ce dépouillement (Abhäutung) même est le résultat du mode de production correspondant au capital. Les conditions matérielles et spirituelles de la négation du travail salarié et du capital qui, eux-mêmes, étaient déjà la négation de formes anté­rieures de production sociale non-libres, sont le résultat même de son procès de production. Dans des contradictions tranchantes, des crises, des convulsions s'exprime l'inadéquation croissante du développement productif de 1a société sur la base des rapports existant jusqu'alors. La destruction violente de capital, non à cause de rapports qui lui seraient extérieurs, mais comme la condition de son autoconservation (ce qui été vu précédemment, n.d.r.) telle est la forme la plus frappante de l'avertissement qui lui est donné qu'il doit disparaître et laisser la place à un stade de production sociale plus élévé. Ce n'est pas seulement l'accroissement de la puissance scientifique, mais la mesure où elle est déjà posée comme capital fixe, le volume, l'ampleur où elle est réalisée et s'est emparée de 1a totalide la production. Ιl en est de même du développement de la production, etc... bref, de tous les éléments de la production étant donné que la force productive du travail de même que l'application de la machinerie sont en rapport à la population dont l'accroissement en soi et pour soi est déjà la présupposition comme le résultat de l'accroissement des valeurs d'usage à reproduire et donc à consommer [13]. Comme cette diminution du profit équivaut à la diminution proportionnelle du travail immédiat à la grandeur de travail objectivé qu'il reproduit et pose à nouveau, le capital tentera tout pour contrarier la petitesse du rapport entre le travail vivant et la grandeur du capital en néral, et donc aussi de la plus-value, si elle est exprimée en profit [14] vis-à-vis du capital avancé en réduisant la part faite au travail nécessaire et en augmentant encore davantage la quantité de surtravail par rapport à l'ensemble du travail employé. Ainsi le trés grand développement de la puissance de production - avec en même temps une très grande extension de la richesse existante - coïncidera avec la dévalorisation du capital, la dégradation du travailleur, et un épuisement accru de ses puissances vitales. Ces contradictions conduisent à des explosions, cataclysmes, crises, au cours desquelles grâce à des suppressions momentanées du travail et la destruction d'une grande partie du capital, ce dernier est violemment réduit jusqu'au point où il peut démarrer (les guerres de 1914-18, 1939-45 et la crise de 1929 ne sont-elles pas décrites ici? n.d.r.), où il est à même d'employer sa puissance productive sans se suicider. Néanmoins, ces catastrophes réguliérement récurrentes conduisent à leur répétition à une échelle plus grande et finalement, à son renversement violent (1975? n.d.r.). Ι1 y a, au sein du mouvement développé du capital, des moments autres que les crises qui freinent ce mouvement. Ainsi, par exemple, la constante dévalorisation d'une partie du capital existant, la transformation d'une grande partie du capital en capital fixe qui ne sert pas en tant qu'agent de la production directe, le gaspillage improductif d'une large portion de capital, etc. » (Fondements, t. 2, pp. 276-78).

 

Voici bien la contradiction la plus criante du mode de production capitaliste: il ne peut y avoir valorisation qu'au travers de la destruction, du gaspillage de la valeur existante. Nous avons déjà fait remarquer ce caractère du capitalisme[15] et nous avons montré qu'originellement, il diminue le gaspillage social pour le porter, lorsqu'il est parvenu à son stade sénile, à un degré jamais atteint. D'autre part, ce gaspillage montre la nécessité du commu­nisme et son existence dans la société actuelle.

 

Dans le chapitre: Développement des contradictions internes de la loi, K. Μarx explique cela de façon plus concise: «Pour lui donner une expression tout à fait générale, voici en quoi consiste la contradiction: le système de production capitaliste implique une tendance à un développement absolu des forces productives, sans tenir compte de la valeur et de la plus-value que cette dernre recèle, ni non plus des rapports sociaux dans le cadre desquels a lieu la production capitaliste tandis que, par ailleurs, le système a pour but la conservation de la valeur-capital existante et sa valorisation au degré maximum (c'est-à-dire un accroissement sans cesse accéléré de cette valeur). Son caractère spécίfique est fondé sur la valeur capital existante considérée comme moyen de valoriser au maximum cette valeur. Les méthodes par lesquelles la production capitaliste atteint ce but impliquent: diminution du taux de profit, valorisation du capital existant et développement de forces productives du travail aux dépens de celles qui ont déjà été produites.» (Livre ΙΙΙ, t. 6, p. 262).

 

K. Marx s'exprime ici de la même façon que dans la Version Primitive et dans le VIème Chapitre. Le point central est bien: les contradictions qu'impliquent la valorisation du capital, la valeur en procès. Nous n'indiquons ici que les conséquences du mouvement d'autonomisation de la valeur dont le stade final est le capital. La contradiction valorisation-dévalorisation nécessiterait une étude approfondie; nous n'en exposons que les lignes dorsales nécessaires à notre démonstration. Les données se trouvent dans toutel l'œuvre, mais c'est dans les Grundrisse qu'elle a été le mieux étudiée. Cependant, dans le Capital nous trouvons des passages qui éclairent magnifiquement le point ultime atteint par le devenir de la valeur: «La véritable barrière de la production capitaliste, c'est le capital lui-même. Ι1 en est ainsi parce que le capital et son auto-valorisation apparaissent comme point de départ et comme point final, mobile et but de la production; que la production n'est qu'une production pour le capital et non l'inverse car les moyens de production ne sont pas de simples moyens de donner forme, en l'élargissant sans cesse, au processus de la vie au bénéfice de la société des producteurs. Les limites qui servent de cadre infranchissable à la conservation et à la valorisation de la valeur-capital reposent sur l'expropriation et l'appauvrissement de la grande masse des producteurs; elles entrent donc sans cesse en contradiction avec les méthodes de production que le capital doit employer nécessairement pour sa propre fin, et qui tendent à promouvoir un accroissement illimité de la production, un développement inconditionné des forces productives sociales du travail, à faire de la production une fin en soi. Le moyen - développement inconditionné de la productivité sociale - entre perpétuellement en conflit avec la fin limitée: valorisation du capital existant. » (L. III, t. 6, p. 263).

Ceci est l'aspect objectif du phénomène autonomisé, le capital. Mais, nous l'avons vu, la valorisation de celui-ci ne peut se faire que s'il y a échange entre travail mort et travail vivant. De ce fait, nous pouvons analyser le même phénomène, mais au point de vue subjectif, du point de vue de celui qui permet la valorisation: le prolétariat. «La valeur de la marchandise est déterminée par le temps de travail total, passé et vivant, qu'elle absorbe. L'augmentation de la productivité du travail réside précisément en ceci que la part du travail vivant est réduite et que celle du travail passé augmente, mais de telle sorte que la somme totale de travail contenu dans la marchandise diminue; autrement dit, le travail vivant diminue plus que n'augmente le travail passé. Le travail passé incorporé (verkörperte) dans la valeur d'une marchandise - la portion de capital constant - se compose pour une part de l'usure du capital constant fixe, pour l'autre de capital constant circulant: matières premières et auxiliaires, absorbées en totalité dans la marchandise». (L. III, t. 6, p. 273).

C'est pourquoi nous pouvons dire que la limite réelle du capital c'est le prolétariat. Le capital cherche à s'affranchir de celui-ci en le soumettant à sa puissance, en développant démesurément la pro­ductividu travail; ce qui signifie accroître la puissance du travail mort, passé, de façon que diminue d'une manière vertigineuse la part du travail incorporée au procès de production. Plus il s'accroît en produisant abondamment (il tente parde couper toute dé­pendance vis-à-vis de son antagoniste), et plus i1 prépare le moment violent où se vérifiera son lien étroit au travail, sa dépendance vis-à-vis de celui-ci: c'est la crise dont il a été question dans 1a citation des Grundrisse. Á ce moment-là, il y a réajustement de l'économie et les titres et l'or, signes de propriété sur le travail d'autrui [16], sont des garanties pour de nouvelles appropriations du trava